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La sorcière du marais
Centaurée et sang de huppe, troisième lune et serpentine,
corne de cerf et vieille tulipe, fiente de loup et calamine.
Dérangée par un bruit suspect, elle jette un oeil par la fenêtre
La brume du matin du marais ne se coupe pas même au couteau
Elle sent la présence d'un intrus et prend dans la main une massue
On sait jamais quel inconnu peut débarquer par les roseaux
Un souffle court et saccadé précède l'arrivée d'un lutin
Il marche avec difficulté ramant dans l'eau avec les mains
La sorcière repose la massue et sort de sa cabane en bois
Sous le regard du vieux hibou immobile au sommet du toit
Les mots du lutins se bousculent pour sortir précipitamment
Avant que dans l'eau il bascule à bout de force visiblement
Le lutin reprend ses esprits à la chaleur du feu de bois
Allongé sur un petit lit une boisson chaude entre les doigts
Il entreprend de raconter ce qui l'amène dans le marais
A la mémé intéressée, la sorcière du marais
A la fin du récit, la sorcière réfléchit
Centaurée et sang de huppe, troisième lune et serpentine,
corne de cerf et vieille tulipe, fiente de loup en poudre fine.
Elle rend des services, la sorcière du marais, à contre coeur,
En échange d'épices, d'alcool de farfadet, ou n'importe quoi,
Suivant l'humeur.
Et dans les cas de force majeure elle répond toujours à l'appel
C'est pas comme ces baratineurs qui lachent des bons mots à la pelle
Et qui s'éclipsent en tapinois la chair de poule jusqu'aux orteils
Quand le danger donne de la voix on voit déjà plus leurs oreilles
Si les lutins sont capturés pour les exposer prisonniers
Derrière des barreaux en acier pour le spectacle de fin d'année
Si la forêt se fait raser par des barbiers patibulaires
Pour alimenter les brasiers de la destruction ordinaire
La sorcière verrait c'qu'elle peut faire, évaluerait les adversaires
Irait chercher si nécessaire quelques renforts supplémentaires
La sorcière du bois aux furets et celle qui chante en soprano
Peut-être la folle au nez violet qui sait le langage des oiseaux
Ver de terre et limaçon, radis noir et gui de chêne,
Pierre de mer, plume de pinson, jus de poire et de verveine.
Mais là c'est juste un vieux chapeau qui est arrivé par les airs
Et s'est posé sur un crapaud qui passait par là par hasard
Soulevé par un coup de vent, le chapeau s'est mis en mouvement
Laissant à la place précédente une petite cuillère brillante
La cuillère s'est mise à briller et a disparu en sifflant
Les lutins se sont écarté le regardant d'un air méfiant
Ils ont levé le nez au ciel scrutant à travers les nuages
Pas d'autre chapeau démentiel à signaler dans les parages
On a pu penser un instant que les trolls étaient enchanteurs
Même les sorcières un certain temps ont partagé la même erreur
En observant d'un peu plus près un troll isolé dans les bois
Qui marchait d'un air décidé, a stoppé sans savoir pourquoi
On l'a vu soudain paniquer le regard fixé sur ses bottes
A commencé à esquisser les premiers pas d'une gavotte
Tout s'est alors accéléré et le troll s'est mis à danser
Les bottes étaient vivantes, indépendantes.
Depuis on sait que les objets que l'on retrouve abandonnés
Dans un fossé ou un bosquet peuvent s'avérer ensorcellés
Une fois une guitare enchantée jouait toute seule et chantait faux
Au fond d'un puits s'est réfugiée flottant à la surface de l'eau
Depuis elle chante la météo sur l'air des chants de matelots
Ver de terre et limaçon, radis noir et gui de chêne,
Pierre de mer, plume de pinson, jus de poire et de verveine.
Elle m'a appris, la sorcière du marais, à écouter
Et à sentir, les sens aux aguets, à déceler
Ce qui n'se voit pas.
La sorcière du marais tendit la main vers un boulot
Une branche à son contact se révéla être un balai
Accompagnée du messager elle glissa au dessus des eaux
Au d'ssus d'la vase pour être exact et des grenouilles qui s'y plaisaient
Elle plongea les mains dans un chêne pour en ressortir un chaudron
A moitié rempli d'ingrédients qui sentaient un peu le poisson
Arrivée sur les lieux du crime si je puis m'exprimer ainsi
Pour représenter un délit avec un crapaud pour victime
Elle mélangea les ingrédients en marmonant entre les dents
Elle expliqua aux spectateurs qu'il faudrait bien au moins 7 heures
Pour faire mijoter le chapeau tueur présumé de crapaud
En fait elle aurait pu en moins de cinq minutes
Neutraliser l'intrus en jouant de la flute
Mais la sorcière a ses raisons pour procéder à sa façon
Car pendant que le chapeau baigne les lutins préparent les châtaignes
Et les boissons alcoolisées et ce soir on va ripailler
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